Comment changer et pourtant rester solidement ancré sur ses valeurs et ses spécificités ? C’est le défi que s’est lancé JC David, entreprise de salage et fumage de poisson de manière traditionnelle et haut de gamme de Boulogne-sur-Mer.

 

JC-David2L’entreprise est installée à Capécure, quartier industriel historique de la ville de Boulogne-sur-Mer où sont concentrées les sociétés de la filière de transformation du poisson. Elle compte 46 salariés et existe depuis 1973.

Ses spécificités : salage à la main, fumage lent en cheminée sur mélange d’essences de bois de chêne et de peuplier pendant 16 à 48h, très peu de mécanisation, des ambiances physiques difficiles (froid, humidité, bruit, fumée) et un savoir-faire immense lié à la sauvegarde de professions qui n’existent plus, remplacées par de nouvelles techniques ou par la mécanisation. 

Cependant, le respect des anciens métiers halieutiques et la façon de faire ont un coût. Un coût humain qui se paie en affections de type TMS (troubles musculo-squelettiques), essentiellement liés au canal carpien.

La sinistralité de l’ensemble de la filière a attiré l’attention du contrôleur de sécurité de la Carsat Nord-Picardie en charge du territoire, Matthieu Gouteyron, qui a préconisé des changements techniques, organisationnels et humains. Au sein de l’entreprise JC David, grâce au travail conjoint de l’ergonome Sylviane Potier de Quai des Entreprises SISE (Société d’Ingénierie Sociale des Entreprises), du médecin du travail Anita Babillotte, de Matthieu Gouteyron et des forces vives de l’entreprise, un grand nombre de solutions opérationnelles ont été trouvées afin d’améliorer la qualité de travail et de vie des salariés tout en respectant les méthodes traditionnelles.

En effet, depuis 2010, la plupart des postes de travail ont été étudiés. Certains ont été repensés, équipés et financés : sièges adaptés, hauteur des plans de travail modifiée, mise en place de plates-formes roulantes et de racks, achats de grosses machines (machine à bain de saumure, machine à laver, conditionneuse sous ATM). Les Aides Financières Simplifiées (AFS) ont contribué à ces projets.

Cette évolution matérielle est accompagnée de changements plus humains : manière de s’habiller, temps de pause, polyvalence des postes, et surtout sensibilisation intense des salariés par le biais du logiciel d’autosensibilisation (voir ci-dessous).

Il convient néanmoins de rappeler que tout projet de prévention nécessite une dynamique insufflée par le chef d’entreprise, déterminé et prêt à accompagner les évolutions obligatoires. Ainsi, l’effet d’entraînement convainc et emmène l’ensemble de cette communauté qu’est l’entreprise vers la sauvegarde de celles et ceux qui la composent.

 

Filière halieutique, sensibilisation 2.0

Fin 2006, un groupe de travail s’est formé autour du Syndicat Général des Mareyeurs de Boulogne-sur-Mer, de Quais des Entreprises SISE, du médecin du travailJC-David et de la Carsat Nord-Picardie, mêlant employeurs, institutionnels et partenaires de prévention afin de créer un dispositif qui accompagnerait le changement au sein des entreprises de la filière halieutique. En 2011, le projet a abouti à deux outils :

  • un guide à destination des dirigeants et de ceux qui impulsent la prévention au sein du logiciel
  • un logiciel d’autoformation pour les salariés.

Le logiciel permet aux salariés, qui passent un par un sur un poste informatique, de prendre du recul par rapport à leur activité quotidienne et leurs habitudes en partant du principe que le côté ludique de l’observation des défauts des autres permet de se regarder soi-même et devenir ainsi acteur de sa prévention.

Au programme :

  • vidéos présentant différentes problématiques,
  • quiz à réaliser d’après les photos, des cas concrets et des vidéos, avec en fin de jeu un score pour se situer selon des catégories de questions,
  • interviews de salariés entrecoupant le quiz et expliquant les soucis rencontrés et les changements apportés par les améliorations des postes de travail.

Pour certains il ne s’agit que de l’accompagnement d’une prise de conscience déjà en gestation, pour d’autres, les résultats en fin de test sont de véritables surprises. Dans tous les cas, l’outil n’est pas une fin en soi, juste un début, une ouverture vers le dialogue et le changement.

 

L’avis de la Carsat Nord-Picardie

Bruno Hermetz, ingénieur de prévention :

Bruno-hermetz« Depuis longtemps, la Carsat Nord-Picardie accompagne l’évolution de la filière :

publication de l’ED 965 de l’INRS intitulé L’activité du mareyage, aide au repérage des risques professionnels,

convention signée entre la Carsat Nord-Picardie et le Centre de formation aux produits de la mer Marcel Baey (CFPMB) avec l’intégration d’un module de prévention des TMS dans les formations dédiées aux salariés.

Parmi les risques, la prévention des TMS a été érigée comme étant un des enjeux majeurs des entreprises de transformation des produits de la mer ».

 

Matthieu Gouteyron, contrôleur de sécurité en charge du territoire :

Matthieu-gouteyron« Cet outil a été diffusé dans 44 entreprises de la filière halieutique. A l’issue de ces interventions, des actions de prévention ont été engagées par les entreprises : études ergonomiques, formations spécifiques, achat d’équipements d’aide à la manutention.

Entre 2010 et 2012, 7 aides financières simplifiées ont été octroyées par la Carsat Nord-Picardie dans la filière halieutique pour un montant total de 45.000€ ».

 

 

 

Contact : matthieu.gouteyron@carsat-nordpicardie.fr

 

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