La réglementation précise l’obligation d’évaluer le risque, avec mesurage si nécessaire. Cependant, la réalisation de ce mesurage peut être complexe et longue. Elle nécessite donc des connaissances de base concernant les grandeurs et les équipements de mesure.

 

Le document édité par l’INRS et référencé ED 6035 « Evaluer et mesurer l’exposition professionnelle au bruit » conseille d’adopter une démarche en 3 niveaux à partir d’une estimation sommaire, simplifiée et normalisée. L’objectif est de caractériser les expositions et d’évaluer le risque associé à l’exposition aux bruits par comparaison avec les valeurs seuil réglementaires. Cette démarche est basée sur une mise en place progressive de moyens en débutant par des outils simples vers des outils de plus en plus complexes en fonction des situations de travail.

 

En complément, l’identification et la hiérarchisation des phases particulièrement exposantes permettront de guider et de construire un plan d’actions efficace de lutte contre le bruit.

 

L’évaluation sommaire

 

Sans aucune mesure, cette méthode consiste à apprécier le niveau sonore à travers des tests simples ou des références bibliographiques.

 

Différents outils peuvent être utilisés :

  • Le questionnaire « Vos pratiques en réduction du bruit » mis en ligne par l’INRS.
  • Des tests de communication : il s’agit de tests simples à réaliser soi-même. En effet, si l’on doit crier ou si on a des difficultés à se faire comprendre par une personne située à 2 mètres de distance, la possibilité de risque existe. Le risque devient certain à moins de 1 mètre de distance…

Si l’estimation sommaire est insuffisante, on peut alors s’orienter vers une estimation simplifiée.

 

L’évaluation simplifiée

 

Cette méthode peut s’appliquer lorsqu’il est possible de décomposer l’activité en plusieurs phases distinctes de travail.

 

Après avoir identifié chaque phase d’exposition, il convient de lui associer un niveau sonore et une durée d’exposition. On peut alors estimer simplement l’exposition aux bruits et quantifier le « poids » respectif de chaque phase par calcul, avec l’utilisation d’une méthode par point d’exposition (décrite par l’INRS dans le document ED 6035 « Evaluer et mesurer l’exposition professionnelle au bruit » au chapitre 2.5 intitulé « Exposition sonore et points d’exposition ») ou encore à l’aide d’une calculette téléchargeable.

 

La mise en place de moyen de mesurage est nécessaire pour estimer les niveaux sonores.

 

La méthode simplifiée nécessite donc une bonne connaissance du poste de travail et un inventaire exhaustif de toutes les phases d’exposition à travers une étude approfondie du poste de travail.

 

Elle offre l’avantage de pouvoir être utilisée même lorsqu’une des caractéristiques de l’exposition est imprécise, voire inconnue (par exemple, la durée d’exposition). Elle permet aussi d’apprécier le gain obtenu sur le niveau d’exposition suite à la mise en place d’un moyen de prévention sur l’une des phases identifiées.

 

L’évaluation normalisée

 

La troisième méthode d’estimation est le mesurage normalisé, suivant les spécifications de la norme EN ISO 9612 « Acoustique – Détermination de l’exposition au bruit en milieu de travail – Méthode d’expertise ».

 

Elle permet à travers cinq étapes successives (analyser le travail, sélectionner une stratégie, planifier et réaliser les mesures, contrôler les erreurs et les certitudes, calculer et présenter les résultats) de déterminer l’exposition au bruit à un poste de travail à travers une valeur et une incertitude, directement comparable aux valeurs de références. Elle permet donc de conclure ou non du dépassement des valeurs d’action réglementaires.

 

Les cartes de bruit, fréquemment utilisées mais…

 

La cartographie des zones de bruit permet de localiser les zones bruyantes à travers des mesures sonométriques effectuées à des points fixes d’un local de travail.

 

Bien que fréquemment réalisée dans les entreprises, elle est plutôt mal adaptée à l’évaluation des niveaux d’exposition. En effet, elle ne reflète pas les variations de l’exposition dans le temps, ni les déplacements et la proximité immédiate que peut avoir temporairement un opérateur avec une source sonore. Il ne faut donc pas assimiler une carte de bruit d’un atelier à une carte d’exposition des travailleurs présents dans cet atelier. D’autant plus que les lois de la propagation du bruit impliquent généralement que les niveaux d’exposition du travailleur soient supérieurs aux valeurs relevées, par exemple, dans les allées d’un atelier.

Elle permet néanmoins d’identifier les sources bruyantes.

 

Ainsi, si le bruit mesuré est de 85 dBA dans les zones de travail, on peut conclure que le niveau d’exposition sonore quotidien sera au moins supérieur et donc susceptible de dépasser la valeur d’action. Si le niveau de bruit mesuré dans les allées est inferieur à 85 dBA, il n’est pas possible de conclure à l’absence de dépassement de la valeur d’action.

 

Le bruit, dangereux, mais encore…

 

En plus d’être dangereux pour la santé à des niveaux élevés, le bruit peut, à des niveaux beaucoup plus faibles, occasionner d’autres effets et d’autres conséquences :

  • Être une gêne pour les personnes par les difficultés à percevoir certains signaux d’alerte ou de danger,
  • Empêcher la communication entre les personnes,
  • Gêner la concentration pour effectuer certaines tâches délicates,
  • Être source de fatigue,
  • Être source de stress

 

Ces effets peuvent être une cause d’incidents, voire d’accidents du travail.

 

La prise en compte de ces autres effets est aussi nécessaire dans le cadre de l’évaluation des risques.

Pour en savoir plus sur l’impact du bruit sur le travail, rendez-vous  page suivante !