Qu’est-ce qu’un palimpseste ? Définition imagée avec Pocheco. Pocheco s’est saisi depuis une quinzaine d’années maintenant d’une feuille de papier imaginaire qui décrirait l’Entreprise aujourd’hui. Et elle écrit par-dessus, efface les critères contemporains communément admis, chaque jour, à dessein de redessiner les contours d’une entreprise plus humaine, plus économique, plus durable. Pour « réparer » l’Entreprise, selon les mots d’Emmanuel Druon, gérant de Pocheco. Rencontre.

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A Forest-sur-Marque (59), Pocheco, ce sont un peu plus de 100 salariés, une usine, un espace industriel qui produit de l’enveloppe. Ce sont des risques professionnels pris à bras le corps (ou plutôt quand on fait de l’enveloppe, au pied de la lettre) : le bruit, les TMS, la conception des locaux de travail. L’entreprise a aussi travaillé sur la prévention des rayonnements optiques artificiels. Une mesure a été réalisée par l’INRS en 2011. Au passage, rappelons que c’est aussi une des missions de la Carsat Nord-Picardie que d’aider les entreprises à objectiver les risques moins connus. « Le risque le plus important chez nous, après les TMS dus notamment aux ports de charges et aux gestes répétitifs, c’est les machines ».

En ce qui concerne les TMS, le risque est aujourd’hui beaucoup mieux prévenu, par les améliorations apportées sur les postes de travail. Ce qui a été fait sur les machines présente un caractère « global » très intéressant, qui nous fait pour le coup sortir du seul cadre de la prévention. Ce qui semble une spécialité chez Pocheco. « L’investissement dans le parc machines est constant, c’est de la maintenance préventive ». Il faut d’ailleurs savoir qu’une équipe de la société porte ce titre, « maintenance préventive », le type d’associations de mots que l’on aimerait voir partout. Des mots qui font plaisir à tout préventeur.

Mais il y a encore quelques années, des accidents graves se produisaient toujours sur les machines. Pocheco, c’est une industrie, c’est un processus de fabrication qui nécessite l’action notamment de pompes qui produisent du vide. Ces pompes produisaient en plus du vide bruit et chaleur. « Dans la salle qui accueillait les pompes, il faisait 45 degrés, et l’on dégageait 115 décibels, dont 42 qui passaient à l’extérieur de l’usine ». Mr Druon à l’époque contacte le fabricant. « Mais Mr Druon, toutes les machines sont aux normes CE ». Point. « Je trouvais cela insupportable » dixit Mr Druon.

 

 

Ecolonomie et prévention

L'entreprise Pocheco repense le bien-être au travail, entre autres par l'ergonomie de ses ateliers

L’entreprise Pocheco repense le bien-être au travail, entre autres par l’ergonomie de ses ateliers

« On a donc travaillé en interne, accompagné par la Carsat Nord-Picardie et en particulier son Centre de Mesures Physiques (CMP), sur les carters de protection, sur la ligne de production, sa vitesse notamment ». La vitesse de production a donc été abaissée. « Ce sont les techniciens de production qui connaissent le mieux le matériel, ils sont essentiels dans cette démarche ». L’idée qui prime, c’est la considération des personnes qui travaillent sur et autour des machines, pas la productivité. « La prévention et la protection font partie du contrat social que l’on passe avec ses collègues quand on les embauche ». On souligne que Mr Druon parle de « ses collègues », et non de « ses employés ». Les mots, encore eux. « Peut-on tenir notre projet collectif si ces conditions ne sont pas remplies ? ». Chez Pocheco, on ne parle plus d’entreprise mais de projet collectif. Mais ces machines alors ?

« On a créé une salle plus à l’intérieur du site, en 2008, au centre même de l’usine de production ». La salle est très bien isolée, les transmissions solidiennes des vibrations ont été stoppées,  les compresseurs ont été remplacés par des modèles moins bruyants », donc autre conséquence, la réduction de la pénibilité sur poste. Par-ailleurs, la chaleur dégagée est récupérée, et ce système permet d’économiser 40 000 euros par an sur la facture de gaz, car l’entreprise s’autonomise en termes de production d’énergie. Autre risque évité, car faire venir du gaz pour une entreprise, ce n’est pas sans danger. Et ne pas le faire venir, c’est économiser des énergies fossiles. Tout cela, c’est une partie du concept d’écolonomie (voir encadré) cher à Mr Druon.

En écrivant quelques mots sur ces actions, on ne vous parle même pas de la toiture végétalisée, des économies d’eau, d’un état d’esprit convaincu et militant de Mr Druon, de la capacité de Pocheco à se redresser d’un incendie qui a dévasté son outil de production en 2011, de la mise en place d’une bambouseraie qui filtre les eaux, de la recherche consacrée aux remplacements des encres utilisées auparavant et qui contenaient des solvants, des ruches installées sur la toiture dont le miel est récolté par les salariés, de la lumière zénithale qui accompagne maintenant les journées des « collègues », des investissements consacrés à l’interface sociétal et culturel entre l’usine et la ville qui l’accueille, des arbres plantés, du verger en projet, de la maraude de demain… Le changement pour certains, c’est vraiment maintenant.

 

 

Ecolonomie

« En repensant les choses autrement, on gagne sur tous les plans ».

L’écolonomie est un principe, un modèle économique applicable aux entreprises, autour du développement durable. Trois axes forts :

  • réduction de l’impact sur l’environnement et prévention des pollutions,
  • réduction du risque au travail et baisse de la pénibilité des postes, 
  • amélioration de la productivité de l’activité et du site industriel.

Pour en savoir plus : www.ecolonomies.fr

 

Contact : Jean-Bernard Jacquens, contrôleur de sécurité, jean-bernard.jacquens@carsat-nordpicardie.fr