La soudure de l’acier inox demande l’utilisation d’un produit toxique et corrosif pour nettoyer les pièces. Ocad, société de maintenance industrielle spécialisée dans la métallurgie basée à Onnaing, a choisi d’investir dans une machine à passiver afin de prévenir les risques. « Machine à quoi ?» dirons nombre d’entre vous… Explication !

 

Les soudures d’acier inox laissent des traces de brûlures qui demandent à être décapées pour aboutir à un résultat esthétiquement propre. La passivation est un procédé chimique visant à protéger l’acier inox de la corrosion après décapage. Plusieurs techniques existent.

 

Passivation… oui, mais active !ocad onnaing (5)

 

Ocad a longtemps utilisé la technique traditionnelle de passivation. Pour l’opérateur, il s’agit d’appliquer au pinceau un gel sur la pièce en acier inox puis de la rincer à l’eau pour fixer le gel. Cette technique présente à la fois des problèmes de sécurité et de pénibilité pour les salariés. En effet, le gel en question contient de l’acide fluorhydrique, un agent chimique dangereux (ACD). L’opérateur, en contact avec ce produit extrêmement corrosif et décalcifiant, doit porter des protections individuelles. De son côté l’entreprise a l’obligation de s’équiper d’une douche et de produits spécifiques à la neutralisation de l’acide. Technique longue et fastidieuse, elle implique généralement de porter une charge lourde d’eau avant de frotter activement les endroits passivés. Et cela sans évoquer les problèmes environnementaux engendrés par  l’utilisation du gel.

 

De la protection individuelle à la protection collective

 

Tout cela accumulé, la liste des risques devient longue… Suite à une visite de contrôle de la Carsat Nord-Picardie en juillet 2013, Ocad reçoit une injonction. Cet évènement motive l’entreprise à prendre des mesures de prévention liées à la passivation. Pour cela elle fait appel à Vincent Gagliardi, consultant externe, pour prendre en charge la gestion de son système Santé, Sécurité et Environnement et la mise en place de la certification VCA qui assure qualité de travail, normes de sécurité et bien-être des travailleurs[1]. En collaboration avec Guillaume Defossez, contrôleur de sécurité à la Carsat, il encourage Ocad à investir dans une machine à passiver.

En avril dernier, l’entreprise acquiert sa première machine. D’une part dans le but de garantir la sécurité des salariés, d’autre part pour améliorer sa performance dans le domaine de la soudure. Cette machine révolutionne en effet le processus de passivation. Le risque de contact avec le gel est quasiment supprimé, celui-ci se trouvant désormais dans un tube directement vissé sur la machine. Précisons que l’acide fluorhydrique a été substitué par l’acide phosphorique, moins dangereux pour l’opérateur (mais qui peut provoquer brûlures de la peau, irritations respiratoires et digestives et lésions oculaires). Le port des protections individuelles reste donc obligatoire. Quant à l’étape du rinçage, elle n’est plus nécessaire. Un fixateur doit simplement être pulvérisé aux endroits concernés. Ainsi, la pénibilité et le risque pour la santé sont fortement réduits, le risque environnemental aussi.

ocad onnaing (6)Tout ne s’arrête pas là. En juin, Ocad acquiert une machine avec système d’aspiration intégré. Celle-ci permet de capter à la source les fumées dégagées. Désormais, la protection collective prend le pas sur la protection individuelle : grâce à l’aspiration, le port du masque n’est plus demandé. Seuls les gants sont nécessaires. Bien que plus lourde et difficilement transportable, cette nouvelle machine est plus pratique : le bec plus large permet une passivation encore plus rapide et le réservoir accueille une plus grande quantité de produit liquide.

Pour Vincent Gagliardi, comme pour les salariés, la machine à passiver est un énorme progrès : « Avant il y avait tous les inconvénients, maintenant il y a tous les avantages ». Effectivement, en plus de la substitution d’un ACD et de la prévention collective, la qualité de la passivation est meilleure. Si cet investissement conséquent peut freiner certaines entreprises, il faut savoir que la machine est rentabilisée au bout de 6 mois environ pour une entreprise faisant de la soudure une de ses activités principales. Donc si vous êtes concerné, n’hésitez plus !

 

Contact : guillaume.defossez@carsat-nordpicardie.fr

 

 

L’injonction, ça a du bon !

 

Le cas d’Ocad est un bel exemple des avantages que peut tirer une entreprise de l’injonction. Adressée par la Carsat lors du constat d’un risque exceptionnel, l’injonction invite l’entreprise à prendre les mesures nécessaires. Lorsqu’elle est prise en compte, une nouvelle dynamique de prévention prend place et permet d’éviter une majoration du taux AT/MP. La Carsat Nord-Picardie, notamment à travers sa BD « Et si l’injonction était… une main tendue ? », tient à promouvoir cet aspect bénéfique de l’injonction.

 

[1] Equivalent de la certification MASE, VCA est issue de la loi du 4 août 1996 sur le bien-être au travail et s’applique aux travaux réalisés dans une entreprise tiers.