Le Jeudi 31 janvier 2019, s’est déroulée la première journée d’échanges entre les Centres de Consultations de Pathologies Professionnelles (CCPP) des Hauts-de-France (Amiens et Lille) et la Carsat Nord-Picardie.

 

Cette manifestation, adressée aux médecins du travail, toxicologues, préventeurs,  s’inscrit dans le cadre d’une démarche nationale entre les CCPP(s) et les Carsat(s), visant à travailler de façon partenariale dans chaque région sur des thématiques de santé au travail d’intérêt, et de restituer et discuter les résultats avec les équipes de santé au travail et les préventeurs.

 

Malgré la neige et les difficultés de déplacement, cette journée d’échanges  fut un franc succès.  En effet, plus de 260 personnes ont fait le déplacement pour assister aux différentes interventions à l’Institut Gernez Rieux au CHRU de Lille.

 

Les objectifs de la journée étaient :

  • De faire un état des lieux des travaux et actions mises en place dans le cadre du partenariat entre les CCPP* des Hauts de France et la Carsat Nord-Picardie ;
  • D’échanger sur les besoins et les solutions afin d’améliorer la prévention des risques professionnels.

La matinée inscrite sous le signe de la prévention du risque CMR (Cancérogènes Mutagènes Reprotoxiques) a permis aux participants d’échanger autour notamment de l’utilisation et de l’exposition des salariés  au 1.3 Butadiène dans certains secteurs d’activité ainsi que sur les fluides de coupe. Anne Le Minor (Ingénieur Conseil) et Philippe Pusch (Contrôleur de sécurité au Laboratoire Interrégional de Chimie- Toxicologie de la Carsat Nord-Picardie) nous en disent plus :

 

Le 1,3-butadiène est un polluant émis par des activités industrielles telles que la fabrication de caoutchoucs industriels ou utilisé dans la fabrication de thermoplastiques par exemple.

Ce produit chimique est classé selon le règlement européen CLP cancérogène de catégorie 1A (H350 « peut provoquer le cancer »), mutagène 1B (H340 « peut induire des anomalies génétiques ») et extrêmement inflammable (H220 « gaz extrêmement inflammable »).

Le 5 mai 2017, le décret n°2017-812 publie le tableau n°99 de maladies professionnelles portant sur les « hémopathies provoquées par le 1,3-butadiène et tous les produits le renfermant ».

La directive (UE) 2017/2398 du 12 décembre 2017 donne une valeur limite d’exposition (VLEP-8h) pour le 1,3-butadiène de 2,2 mg/m3 (1 ppm). L’ANSES propose la valeur de 0.08 mg/m3 pour un excès de risque à 10-4.

Par ailleurs, ce produit est classé cancérogène avéré pour l’Homme (catégorie 1) par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

Une étude de filière menée par l’INRS montre qu’entre 1 100 et 2 000 établissements emploient de 13 000 à 140 000 salariés et utilisent le 1,3-butadiène (HST n°243 de juin 2016). Il ressort de cette enquête une sous-évaluation ou prise en compte du risque 1,3-butadiène (liée à un manque d’information) et une méconnaissance des niveaux d’exposition des salariés concernés sur le plan national comme international.

 

Concernant les fluides de coupe, un portrait de cette thématique a été dressé à savoir : définitions, utilisations, compositions, salariés exposés, risques chimiques et biologiques liés aux différents fluides de coupe. Les mesures de prévention, conformément aux neuf principes généraux de prévention, ont été détaillées.

Un appel aux participants a été fait en séance pour la transmission d’échantillons d’huiles neuves et usagées pour analyses, au laboratoire de chimie de la Carsat Nord-Picardie, dans le cadre de l’étude menée en partenariat avec les CCPP/Carsat Nord-Picardie pour constituer une base de données sur la présence de traceurs chimiques en vue des reconnaissances des maladies professionnelles futures. Toutes demandes pour transmission d’échantillons peuvent être formulées sur l’adresse lillerisquechimique@carsat-nordpicardie.fr.

 

 

L’après-midi était orientée sur la thématique principale des Pathologies Psycho-Sociales, Magali Roger (Psychologue du Travail à la Carsat Nord-Picardie) nous en résume les principales interventions :

Mme Lapoire-Chasset, chercheure à l’INRS au laboratoire Gestion et Organisation pour la Santé et Sécurité au Travail a ouvert cette deuxième partie en exposant une étude menée par l’INRS  montrant les difficultés pour les préventeurs  à mettre en mouvement l’entreprise trop souvent centrée sur une approche individuelle. En effet, les préventeurs doivent trouver l’angle par lequel l’entreprise pourra être en capacité de faire des liens entre la dégradation de la santé d’un de ses salariés et les dysfonctionnements organisationnels.

 

 Puis, quatre internes en médecine du travail se sont succédés pour nous présenter leurs travaux portant sur l’analyse des dossiers de reconnaissance de maladies professionnelles, les motifs de consultations pour souffrance au travail, mais également les pratiques en prévention primaire des médecins du travail.  Leurs interventions mettaient en lumière les spécificités de la prise en charge de ces pathologies, qui nécessitent à la fois un accompagnement individuel et des actions en prévention primaire au sein des entreprises. Spécificités qui obligent à convoquer des compétences dans diverses disciplines pour questionner l’organisation du travail, les collectifs de travail, le droit du travail, la santé…  à la fois pour le médecin et son équipe pluridisciplinaire (infirmière santé travail, ergonome, psychologue du travail…).

 

Un grand merci aux organisateurs / trices de cette journée, qui fut fort instructive et riches en retours d’expériences de terrain. Gageons que d’autres journées partenariales avec les CCPP d’Amiens, de Lille  et la  Carsat Nord-Picardie puissent avoir autant de succès.

 

* Centres de Consultations de Pathologies Professionnelles