Avec un patrimoine de 50 000 m2 de vitraux, la France offre à la profession de vitrailliste un terrain de jeu inégalé. Pour autant l’art n’est pas exempt des dangers représentés par les substances Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques, comme nous le prouve cette rencontre.

 

Didier Quentin travaille chez lui, à Chezy sur Marne, à la limite entre l’Aisne et la Seine et Marne. Travailler chez lui ? Entendons-nous bien : cet artisan a aménagé en 2001 son bel atelier à l’arrière de son habitation, une ancienne école de village.

Cependant, ce cadre sympathique n’élimine pas pour autant une problématique forte liée à l’exercice de son art : créateur et restaurateur de vitraux, il est quotidiennement exposé aux effets du plomb, par le biais des voies aériennes, cutanées et digestives, tout comme sa salariée.

Et cette exposition subie représente pour Didier Quentin un combat de longue haleine. Soucieux de la santé et de la sécurité de ses salariés, il se bat pour mettre en place des actions qui permettront la maîtrise du risque.

 En_Région_EE69_Vitraux_Quentin_photo_principale« Travailler lentement dans une société qui va vite ! »

 

Le travail d’un artiste à la fois créateur et rénovateur de patrimoine nécessite de prendre son temps : décrochage précautionneux de l’œuvre à restaurer, recherches historiques et techniques autour des pièces manquantes ou décolorées, travail autour de la couleur du verre, peinture figurative ou abstraite, découpe, cuisson, réassemblage,… L’ensemble du processus peut être long et fastidieux, mais toujours enrichissant !

A l’image de la démarche de prévention : en effet, depuis plus de vingt ans, en compagnie de ses différents salariés, Didier Quentin tente de faire baisser la plombémie (ou taux de plomb dans le sang). Une quête difficile, avec des avancées progressives liées à la modification des pratiques de travail, à l’investissement et à l’utilisation de matériels (utilisation de gants, de masques P2 et P3, acquisition d’un aspirateur avec filtre à très haute efficacité, démontage des panneaux « en mouillé » pour éviter les particules volatiles).

 « …vingt ans qu’on se bagarre pour que le taux de plomb baisse… »

 

En 2010, Alain Bellet, contrôleur de sécurité de la Carsat Nord-Picardie, lui propose l’intervention du Laboratoire Interrégional de Chimie Toxicologie (Lict) de la Carsat.  Les prélèvements atmosphériques et surfaciques effectués amènent des préconisations de prévention.

En réaction à ce rapport et en accord avec le préventeur de la Carsat, l’artisan prend la décision  d’investir dans un bras aspirant qui peut se positionnerEn_Région_EE69_Vitraux_Quentin_miniature5 directement au-dessus du fer de l’opérateur et ainsi récupérer les fumées.

L’atelier doit cependant faire face aux conséquences d’une coulée de boue, intervenue suite au violent orage du 14 juin 2009 qui a fait sortir le Dolloir de son lit. Les investissements de remplacement du matériel nécessaire à l’activité quotidienne pèsent encore trop sur les finances de la société qui est obligée de reporter l’achat de cet outil.

Enfin mis en place le 15 février 2013, ce système d’aspiration des fumées, couplé aux mesures d’hygiènes progressivement mises en place, a permis en quelques mois une chute manifeste de l’exposition au plomb. Bénéficiant d’une Aide Financière Simplifiée (« CMR Soudage »), l’achat a été financé à hauteur de 30% par la Carsat Nord-Picardie.

Simple d’utilisation, pratique et véritablement opérationnel sur le poste de travail, le bras d’aspiration a été adopté et s’est très vite intégré dans la phase de soudo-brasage de la réfection des vitraux.

Les futures actions de prévention ? Travailler sur les agents chimiques dangereux et l’utilisation des acides, mais également les vestiaires dont l’aménagement sera progressivement terminé.

Cependant il ne faut pas oublier que dans les très petites entreprises de métiers d’Art, les rôles sont souvent cumulés, l’homme orchestre Didier Quentin est à la fois concepteur de projet, réalisateur, commercial et préventeur et que chaque action réalisée se fait au détriment d’une autre. Ainsi va la vie dans les petites entreprises et l’artisanat.

 

 

Règles  particulières  de  prévention  des  risques  (CMR) Cancérogènes  mutagènes  ou  toxiques  pour  la  reproduction

Des mesures très strictes de prévention et de protection adaptées aux risques ainsi qu’une surveillance médicale s’imposent, conformément aux textes réglementaires dont le décret n°2001 – 97 du 1er février 2001 établissant les règles particulières de prévention des risques cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

 

Isabelle Weber, contrôleur de sécurité – isabelle.weber@carsat-nordpicardie.fr