Le Laboratoire de Chimie de la Carsat Nord-Picardie participe à l’évaluation nationale de l’exposition des salariés à ces fumées.

 

Pour le grand public, quand on parle des routes, on parle de goudron. Et pourtant son utilisation n’est plus d’usage. Quoi qu’il en soit, les procédés changent mais l’exposition aux produits chimiques dangereux des salariés qui travaillent au revêtement des routes reste présente. Cette activité est depuis quelques temps sous surveillance et des mesures de prévention ont été mises en place afin de  réduire voire de supprimer les risques professionnels constatés. On vous raconte ?

 

La réalisation de revêtements routiers implique la mise en œuvre d’enrobés qui sont composés de graviers, de sables et d’un liant. Ce dernier est constitué de bitume provenant de la distillation du pétrole brut (le goudron ayant été abandonné entre 1980 et 2000).

 

Cependant, ces enrobés sont susceptibles d’émettre des fumées pouvant contenir des substances dangereuses. Or, l’exposition aux fumées de bitumes lors des travaux de revêtements routiers a été classée par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), en 2011, comme possiblement cancérogène pour l’homme (groupe 2B).

 

Aussi, afin d’améliorer la prévention du risque chimique dans les travaux routiers, l’INRS a mis au point un protocole analytique de quantification du niveau des fumées de bitume dans l’air. Après validation de la méthode par des essais inter-laboratoires, deux campagnes de prélèvements des aérosols organiques semi-volatils sur des chantiers d’application de revêtements routiers, ont eu lieu. Elles ont été réalisées en collaboration avec l’USIRF (Union des Syndicats de l’Industrie Routière Française), l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) et des laboratoires de Carsat (Bordeaux, Lille, Nancy, Nantes, Marseille et Paris).

 

 

Une démarche d’investigation à double objectif

 

Pour le réseau prévention (Inrs/Carsat) il s’agit tout d’abord d’évaluer l’exposition des salariés aux fumées de bitume pour promouvoir les bonnes pratiques et baisser les expositions les plus importantes.

 

Dans un second temps, est un indicateur d’efficacité qui sera basé sur les résultats des deux campagnes de mesures.

 

Une méthodologie d’action bien organisée

 

Ainsi, cette action s’est déroulée en deux campagnes espacées d’une année en raison de l’activité saisonnière de ce travail.

 

Sur le territoire des « Hauts-de-France », dix chantiers ont été étudiés selon différents paramètres (chantiers en campagne et en ville, avec dispositif de captage et sans captage des fumées, conditions atmosphériques également variées), soit  la mise en œuvre de quarante prélèvements atmosphériques principalement en ‘individuels’ : l’appareillage de prélèvement d’air étant porté par le personnel pendant son activité, il constitue donc le reflet réel de l’exposition des salariés à leurs postes de travail. En complément à ces mesures individuelles, quelques mesures d’ambiance ont été réalisées afin d’évaluer la pollution environnementale.

 

 

Quelle prévention des risques professionnels ?

 

De ce panel d’interventions quelques idées fortes se dégagent :

 

  • Le niveau d’exposition est sensiblement plus important en ville qu’en campagne,
  • La présence de vent, qui dilue et éloigne la pollution, peut réduire de manière conséquente l’exposition des salariés,
  • L’installation sur les engins « finisseurs» d’un système de captage contribue à réduire l’exposition des salariés aux fumées. Il permet également d’améliorer « le confort thermique » au travail en évacuant le flux de vapeurs et d’air chaud. De même, la présence sur le finisseur d’un pare-brise, qui isole le conducteur des fumées en provenance de la trémie, réduit également son exposition,
  • La température de mise en œuvre influe également sur la génération des fumées. La pollution décroît lorsque la température du bitume diminue. Cependant, il devient plus visqueux et l’application est, de ce fait, rendue plus difficile. Ainsi, dans cette configuration, des contraintes gestuelles peuvent apparaître !

La réduction des niveaux d’exposition du personnel de ce panel de chantiers a exigé un engagement des entreprises à une démarche de prévention des risques liés aux fumées de bitume. Cette action s’est faite au travers du groupe de travail « bitume » et des mesures de prévention notifiées sur les différents rapports techniques que nous avons établis.

 

 

L’installation d’un dispositif de captage des fumées et d’un pare-brise sur les finisseurs sont des mesures de prévention qui ont été mises en place.

 

La proposition d’un indicateur d’efficacité des moyens de prévention mis en place est quant à lui, à définir par le groupe de travail composé de représentants de l’INRS, de l’USIRF et de la DGT (Direction Générale du Travail). 

 

Contact : lillerisquechimique@carsat-nordpicardie.fr