Sur la place d’Audresselles (62), à deux pas du front de mer, nous sommes reçus par Elodie Bernalisi, gérante de deux restaurants, le Loup de Mer et l’Odyssée. Entre 5 et 20 salariés, tout dépend de la saison. Deux TPE, de la restauration traditionnelle, où la prévention commence à s’implanter, via le document unique (DU).

Quand le DU est évoqué, pas de langue de bois. De notre côté non plus. Nous sommes les premiers à affirmer qu’un DU ne sert à rien pour la prévention sans plan d’actions, sans suivi. Si une entreprise ne fait son DU que pour souscrire à l’obligation légale, elle a perdu de vue l’intérêt pour elle en termes de santé au travail. « J’ai pour la première fois évoqué l’éventualité du document unique avec une amie restauratrice il y a 4 ans », nous confie Elodie Bernalisi, qui a un pied dans la restauration depuis 18 ans, et qui gère les deux restaurants depuis un an et demi. A ce moment là, le projet est de réaliser à la fois le DU et un règlement intérieur. Ce dernier a été finalisé en 2012, et il présente des notions de sécurité à respecter pour les salariés. Le DU, a été concrétisé en 2013. « L’inspection du travail nous l’a demandé et nous a orienté sur la Carsat pour nous aider ». En l’occurrence, Matthieu Gouteyron, contrôleur de sécurité sur le secteur de Calais/Boulogne.

Cuisine-restaurant

Première rencontre donc cet été entre notre contrôleur et Mme Desfachelles, l’assistante d’Elodie Bernalisi. Elle débouche sur des préconisations pour l’entreprise, et des réflexions à mener sur une aide financière de la Carsat. Matthieu aura expliqué le DU, sa finalité (voir encadré), et reviendra accompagner sa mise en place et son suivi. « Nous n’avions aucune base pour élaborer le DU », et pourtant maintenant, un plan d’action se dessine, avec des ambitions concrètes : rénover les sols dans la cuisine (des tapis ont déjà été placés pour limiter les risques de glissade), optimiser l’accueil sécurité des saisonniers. Pour l’écriture du DU, les salariés ont été mis à contribution, et interrogés pour aller au devant des contraintes psychologiques qui pouvaient aussi présenter des risques dans l’activité de tous les jours. « Cela permet de mettre le doigt sur des problèmes que nous n’avions pas anticipés ». De petits pas, mais c’est un début.

 

Au vu de la situation économique actuelle, il n’est pas illégitime de douter de l’intérêt d’investir dans la prévention. Et c’est normal. Après tout, les accidents, « cela fait partie du métier de restaurateur », comme on peut l’entendre souvent, et dans d’autres branches professionnelles. Un petit accident, cela n’a jamais tué personne non ? Mais une brûlure plus profonde, une blessure plus grave ?… Les conséquences peuvent être dramatiques. Pour les hommes, pour l’entreprise. Le DU ne doit pas être vu comme un document administratif de plus à remplir pour alimenter des tiroirs vides, mais bien comme une porte d’entrée vers une amélioration pour l’entreprise.

 

Vous êtes restaurateur : que faire ?

Tout d’abord consulter le au site www.chodevant.fr, un exemple d’outil adapté à votre métier. Depuis décembre 2011, ce site internet est dédié à la prévention pour la restauration et le milieu hôtelier : il détaille la démarche et met à disposition des outils spécifiques.

L’INRS peut vous apporter des informations techniques via ses supports documentaires, tels que le ED 880. Ce document, conçu par un groupe de travail constitué de professionnels de la restauration commerciale, de préventeurs et de médecins du travail, traite des différents risques professionnels dans les cuisines des établissements de restauration, sous forme de fiches de bonnes pratiques de santé et de sécurité au travail. Ces fiches sont destinées à aider le restaurateur dans son analyse et son évaluation des risques pour la santé des opérateurs et dans la mise en œuvre de solutions de prévention (document à télécharger sur www.inrs.fr).

La Carsat Nord-Picardie peut vous aider financièrement dans votre projet de prévention. Par le biais d’une Aide Financière Simplifiée (AFS), dispositif validé par les partenaires sociaux, destiné exclusivement aux entreprises de moins de 50 salariés cotisant au régime général. Cette aide a pour but d’accompagner l’acquisition de matériels ou la réalisation de prestations (formations, diagnostics-plans d’actions), afin de réduire les risques d’accidents du travail et de maladies professionnelles et d’améliorer les conditions de travail. Renseignez-vous sur www.carsat-nordpicardie.fr sur l’aide régionale TMS.

 

DU ? Ce qu’il doit contenir

  • Une identification des dangers

C’est l’inventaire exigé par la loi. Il s’agit de repérer les dangers c’est-à-dire les propriétés ou les capacités intrinsèques d’un équipement, d’une substance, d’une méthode de travail, qui pourraient causer un dommage à la santé des salariés. Il s’agit aussi d’analyser les risques, et donc d’étudier les conditions d’exposition du personnel à ces dangers. Il paraît nécessaire d’observer les phases de travail et d’analyser le travail réel (en opposition avec le travail prescrit, pour rebondir sur la différenciation pratiquée dans le langage ergonomique entre ce que l’on prescrit au salarié et ce qu’il fait vraiment).

  • Une hiérarchisation des risques

Les risques identifiés, notés selon les critères propres à l’entreprise (probabilité d’occurrence, gravité, fréquence, nombre de personnes concernées…), sont ensuite classés. Le classement permet d’établir les priorités et de planifier les actions de prévention.

  • Des propositions d’actions de prévention

Toute mesure de prévention pertinente est discutée. Elle s’appuie sur la compréhension des situations de travail à risque et sur les résultats de l’évaluation. Après avis des représentants du personnel, le choix des actions, qui sont de la responsabilité du chef d’entreprise, est formalisé. Ces mesures pourront être d’ordre technique et/ou organisationnel. Elles pourront viser également à une meilleure formation des salariés.

L’engagement de la direction et la participation des salariés sont très importants pour la réussite de votre démarche de prévention, dont le DU n’est qu’une partie !

 

Contact : matthieu.gouteyron@carsat-nordpicardie.fr