Comment cela se passe quand on obtient une aide financière ?

 

Il est toujours instructif d’aller à la rencontre des entreprises qui ont développé des solutions de prévention. Baudoux Construction, située à Saint-Erme-Outre-et-Ramecourt dans l’Aisne, est un bon exemple d’une entreprise qui avance, distillant lentement un nouvel état d’esprit sécurité, et révolutionnant radicalement certains de ses postes de travail pour contrer les risques. On vous emmène ?

 

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Entreprise plus que centenaire, Baudoux Construction prend un nouvel élan en 1972 avec l’activité principale qu’on lui connaît aujourd’hui : la création de charpentes métalliques et leur pose pour tous types de projets (maisons individuelles, activités agricoles, industrie, tertiaire,…). Doté d’un bureau d’étude, l’entreprise accompagne les clients du début à la fin. Ainsi la complétude des solutions proposées se reflète sur la structure des différents métiers : parmi les 67 salariés, on en trouve notamment 18 attachés à la production et 25 au montage des structures plus particulièrement exposés aux risques (manutentions, chutes, bruit, exposition aux fumées de soudage et aux produits chimiques).

 

Toutefois l’outil industriel, quand il est hérité d’une entreprise à la longue histoire, doit évoluer en fonction des contraintes à la fois d’avancées technologiques et d’adéquation avec le marché, de productivité… et de prévention des risques professionnels. Car qui dit construction métallique, dit soudage. Et soudage rime obligatoirement avec fumées cancérogènes. Et si c’est le principal sujet d’avancées en prévention des risques professionnels pour l’entreprise, cela n’est pas le seul.

 

 

 

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Baudoux Construction a placé la barre haute en travaillant à la fois sur les produits CMR (Cancérogènes Mutagènes et Reprotoxiques), les manutentions et l’organisation du travail et des chantiers. Un contrat de prévention a donc été conclu entre l’entreprise et la Carsat Nord-Picardie. Celui-ci concerne une participation financière à l’achat de différents matériels :

 

  • des torches aspirantes, à hauteur de 30%,
  • une marqueuse, à hauteur de 20%,
  • des rippers (ou chemins de convoyage), à hauteur de 15%.

 

Un contrat de prévention pour tout changer…

 

L’atelier rustique sans ventilation d’il y a quelques années offre maintenant un nouveau visage. Notamment depuis cette fameuse aide financière qui comprend un volet ventilation.

 

Les soudeurs travaillent principalement de l’acier noir et de temps à autres (et selon les postes de travail) de l’acier galvanisé. Déjà équipés de cagoules ventilées, ils ont été pourvus de torches aspirantes -7 au total- soutenues par des potences adaptées aux différents postes de travail (certaines poutres font jusqu’à 18 mètres de long). La plupart d’entre-elles sont reliées à une turbine centralisée.

 

CMJN de base

 

Le projet a pris du temps, et il ne faut pas s’imaginer tout révolutionner du jour au lendemain, tant sur le plan technique que pour la partie humaine… Les travaux de test avec différents fournisseurs ont été longs pour obtenir les bons équipements, tout comme l’accompagnement par le CHSCT, en démarche participative sur l’ensemble des avancées, mais aussi vers les salariés concernés (aide au choix avec tests, quelquefois sur plusieurs mois, et appropriation progressive du matériel).

 

Il est important d’être transparent : pour bien prendre le temps de se préparer aux travaux, après accord de la Carsat sur le financement d’une partie du matériel, deux reports de crédit ont été demandés par l’entreprise. Tout d’abord, pour prendre le temps de bien faire les choses, en interne, mais aussi le temps de la consultation des fournisseurs pour adapter la réponse aux besoins. En effet, il est plutôt difficile de trouver une solution complète (centrale + conduits + torches + potences) auprès d’un même fournisseur.

 

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Une marqueuse pour l’organisation du travail, la qualité… et la sécurité

 

Il y a quelques années, les travaux de construction d’une poutre métallique étaient séparés en deux métiers bien distincts : les monteurs qui réalisaient la mise aux côtes et le pointage et les soudeurs qui réalisaient l’assemblage final des pièces. Beaucoup de manutention et de déplacement de pièces, souvent lourdes. Et parfois, la possibilité de quelques erreurs telles que des problèmes d’inversion, ou de positionnement des éléments à souder.

 

De même lors de la livraison des pièces sur chantier, il fallait tout déplacer plusieurs fois les éléments, reclasser, mesurer pour pouvoir les identifier avec certitude, organiser.

 

Petit à petit, les soudeurs étaient montés en compétences pour à la fois pointer et souder. Mais aujourd’hui, la marqueuse griffe les poutres métalliques et permet à la fois de marquer l’emplacement exact des éléments lors du pointage, mais aussi, par un jeu de code, d’organiser le chantier lors du montage de la structure.

 

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Cela a aussi permis de changer la manière de travailler et de réduire les stocks, les « paquets ». Ainsi aujourd’hui chez Baudoux Contruction, on travaille en « juste à temps » : les pièces sont réalisées au bon moment et il est moins besoin de stocker, de déplacer… et les pièces sont de meilleure qualité, car elles s’oxydent beaucoup moins en attendant les travaux de soudage (leur bain de peinture anti-oxydante, ne venant qu’après).

 

 

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Et quels résultats ? Quels projets ?

 

Aujourd’hui l’entreprise et ses salariés sont pleinement satisfaits des avancées, Stéphane Chartier, directeur de l’entreprise depuis 1998 : « Sans l’accompagnement financier de la Carsat et les conseils de Patrick Benguigui, l’Ingénieur conseil qui nous suit, nous n’aurions pu que travailler sur les manutentions et non sur les fumées de soudage. On a vraiment mis l’accent sur la sécurité collective plutôt que de se concentrer sur l’individuelle. Le travail se fait maintenant en meilleure sécurité, est mieux organisé, sans compter que l’atelier est beaucoup plus propre !

 

Sur le plan de la formation de notre encadrement à la sécurité, nous avons programmé des sessions de formation d’intégration de la sécurité dans le management avec la Carsat et nous travaillons également avec l’OPPBTP pour former nos cadres. Nous avions aussi intégré une partie sécurité dans l’intéressement. Cependant, nous avons récemment modifié le système pour qu’il soit le plus incitatif possible : plutôt que de faire baisser cette part en cas de problème, nous la faisons augmenter si les résultats sont bons. Il faut quelquefois trouver des leviers astucieux pour amplifier une démarche engagée.

Nous avons aujourd’hui encore du travail à faire concernant les manutentions et les risques de chutes de hauteur, particulièrement sur les chantiers. Nous multiplions petit à petit les occasions de parler sécurité dans les réunions avec les équipes à l’atelier, mais aussi par des minutes sécurité dans les camions sur chantier : par petites doses, on amène la culture sécurité à l’ensemble de l’entreprise. Par ailleurs des groupes de travail ont été formés pour permettre un dialogue serein autour des freins possibles à la sécurité afin d’apporter des solutions.

 

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Notre projet du moment ? Nos charpentes sont recouvertes d’une peinture de protection anti-oxydante à longue durée et nous venons de nous équiper d’un nouveau bac de trempage. Pour supprimer le risque chimique associé, nous travaillons actuellement à la création d’un système d’aspiration le plus adéquat possible ».

 

L’avis de la CARSAT :

La Direction de l’établissement BAUDOUX Construction cherche en permanence à améliorer les performances de son entreprise. Il est noté que c’est la performance globale qui est recherchée intégrant la santé des salariés et la prévention des risques professionnels. Par ailleurs, la direction implique son encadrement à une meilleure prise en compte de la sécurité sur les chantiers de montage comme dans l’activité de production en atelier. En agissant sur le levier prévention, il est constaté parallèlement que la qualité de production (réduction des erreurs…) s’améliore ainsi que les résultats de production. Le travail s’effectue tout simplement avec moins de stress.

 

Contact : patrick.benguigui@carsat-nordpicardie.fr