Et si on échangeait tous, entreprises, préventeurs, institutionnels, à propos des risques psychosociaux ? Oh ! c’est fait ! C’était le 3 novembre, à Amiens, et c’était riche… On vous raconte ?

 

Mardi 3 novembre 2015, 8h30, stade de la Licorne à Amiens. L’équipe de la Carsat Nord-Picardie se présente aux portes du stade et décharge son matériel, à la fois pour sa participation aux différents ateliers (sur lesquels nous reviendrons un peu plus bas) mais également pour la tenue d’un stand. L’équipe, ce jour, c’est Letizia Chiarore (chargée d’études statistiques), Ornella Lepoutre (ergonome), Magali Roger (psychologue du travail), Laurent Huglo (Ingénieur-Conseil Régional) et Christophe François (Sensibilisation à la prévention).

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L’évènement, organisé par la Direccte Picardie, a créé le buzz et a fait le plein (plus de 600 participants) et cela se confirme à l’entrée pour la récupération des badges.

 

8h45, espace Bodega, ouverture de la plénière. Yasmina Taieb, directrice de la Direccte Picardie ouvre cette journée de travail en insistant sur l’importance d’une approche pluridisciplinaire face à ce risque. Il touche à l’intégrité des individus et des collectifs et doit être combattu comme les autres risques dans les entreprises, les collectivités.

 

 

 

 

 

Assises régionales de la Santé au Travail en Picardie 2015.

« Humains », vous écrivez cela comment ? Rire des risques Psychosociaux ?

 

En fait, non… rire de l’absurdité des situations, de ce monde du travail et de ses dérives, comme moyen d’entrer dans la problématique, d’engager la réflexion. ChercheMidiC’est le pari de l’introduction de cette journée, autour du livre « le Bonheur au travail » (éditions cherche midi). Il s’agit d’une compilation de situations, mêlant sourire et amertume, imaginées et dépeintes par de célèbres dessinateurs de presse. Fabrice Bourgeois (ergonome consultant) raconte notre société et ses travers et fait réfléchir. S’il y avait une porte d’entrée à cette journée, elle est maintenant grande ouverte.

 

Gérard Valléry, professeur en psychologie du travail et ergonomie à l’université Picardie Jules Verne et auteur du volume « Les risques psychosociaux» de la collection « Que sais-je ? » enchaîne en proposant une définition des risques psychosociaux et en fixant quelques notions essentielles. Ainsi, il explique que le travail reste une valeur importante, notamment pour les jeunes. Le travail peut combler les besoins de réalisation et d’expression et nous avons un rapport fort avec lui, un véritable attachement. Cependant dans un certain nombre de cas, ce sont ses conditions de réalisation qui sont rejetées. La standardisation du travail et sa rationalisation empêchent l’autonomie, le travail de qualité et affectent le sens du travail. En découlent alors des situations d’isolement au sein d’un collectif. Où en est maintenant le « pouvoir d’agir », le « bien faire son travail » ?

 
Enfin, le professeur Valléry insiste sur la nécessité d’une approche globale et systémique du travail. Il rappelle les coûts du risque, directs et indirects, et la responsabilité de l’employeur. 

 

Le bonheur au travail – Editions Cherche-Midi

 

Etat des lieux, les chiffres sont parlants…

 

9h30. Différentes enquêtes réalisées sur les 25 dernières années permettent de suivre des évolutions et des tendances, au niveau européen, national et régional.

 

Emmanuel Couvreur, représentant des travailleurs au sein de la fondation de Dublin nous permet un regard sur l’évolution des conditions de travail en Europe depuis 1991. Globalement, les contraintes physiques sont en stagnation, la précarité augmente, tout comme la dépendance au travail. On note une dégradation de la conciliation vie professionnelle/vie privée. Le travail « juste à temps » s’intensifie : rythme élevé et standardisé. Les salariés français ont une charge de travail de plus en plus élevée pour une autonomie progressivement plus faible, cette dernière étant inférieure à la moyenne européenne : ainsi, 47% des français jugent être autonomes dans leur profession pour 59% au Royaume-Uni ou 27% en Autriche. Enfin, si l’on s’intéresse à l’innovation et à la participation des salariés français aux améliorations, notre pays se classe 29e sur 34 pays.

 

L’enquête Sumer est présentée par Sarah Memmi, de la Dares[i] et Nicolas Sandret, ancien médecin inspecteur régional. On y note que 23% des salariés ressentent un manque de reconnaissance et que la fonction publique est un secteur particulièrement touché. Un point particulier évoque la relation entre les salariés et leurs usagers/clients : 3 salariés sur 4 rencontrent du public dans le cadre de leur métier, pour 90% cette rencontre est un facteur épanouissant de leur travail, cependant pour 10%, cette rencontre est source de tensions.

 

Letizia Chiarore, Carsat Nord-Picardie, présente quelques éléments de synthèse d’une étude à paraître prochainement, intitulée : « Les risques psychosociaux : Statistiques de santé perçue, exposition professionnelle, violences au travail, maladies, inaptitudes » et consacrée à nos 5 départements.

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Parmi les morceaux choisis, on constate une constante augmentation des troubles psychosociaux reconnus comme maladie professionnelle en Nord – Pas de Calais et Picardie depuis 2012, notamment pour les salariés des secteurs de la santé et de l’action sociale (35% des Maladies Professionnelles en lien avec les troubles psychosociaux reconnues). Notre collègue concentre ensuite son exposé sur les violences subies au travail, car celles-ci représentent 1,7% des accidents du travail en 2013 (soit 1000 agressions). Les activités de service concentrent l’essentiel des violences (95%) et les durées d’arrêt de travail sont de plus en plus longues et supérieures à la moyenne de l’ensemble des AT.

 

 

 

   Letizia Chiarore – Carsat Nord-Picardie

Les institutionnels s’en mêlent… et les politiques ?

 

Emmanuel Kujawski, assistant parlementaire de la députée européenne Karima Delli nous présente un ressenti sur la prise en compte des risques psychosociaux au niveau du parlement européen. Ou plutôt… sur leur non-prise en compte.

 

Entendons-nous bien : la santé et la sécurité au travail sont très présentes dans les discussions et les directives européennes face aux 160 000 décès annuels liés au travail et à ses conditions d’exécution. Mais les risques psychosociaux restent ‘terre inconnue’ au niveau du parlement européen. Il regrette la faiblesse stratégique des objectifs chiffrés –voire leur absence- de nombreux pays face aux différents risques. Il pense que l’Europe doit investir le champ de la prévention de manière plus prégnante et convaincre que c’est facteur de richesse et de productivité, car la place du travail ‘sain’ se lie avec progrès social et environnemental. Il est également convaincu des besoins de simplification législative afin de toucher plus d’entreprises. Il explique que face à certains scandales, les actions de lobbying et la frilosité politique sont des adversaires puissants, mais conclut en affirmant que cela ne détruit en rien les bonnes volontés politiques de faire progresser la prévention des risques et notamment les RPS.

 

Tilman Ruess, du ministère du contrôle du bien-être de Belgique, présente les différentes lois qui ont conduit à la prise en compte des RPS dans le pays, partant du bien-être (1996), passant par le stress (1999), les violences et les harcèlements (2002), la charge psychosociale (2007) et enfin les RPS (2014).

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On y parle fonctionnement au sein des entreprises, institutions chargées de la prévention des risques pros et de l’accompagnement des entreprises et des salariés, et d’une notion inédite dans notre pays : la personne de confiance. A retrouver sur le site internet du Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale.

 

Enfin, Boris Vieillard, de la Direction Générale du Travail, présente les évolutions de l’approche française. Face à une législation peu loquace sur le sujet, le droit du travail prend en compte l’aspect préventif des RPS. L’identification d’un ‘mal’, au début des années 2000 a pris, comme en Belgique, des chemins de découverte et de précision pour arriver aujourd’hui à une approche qui est partie de l’individu (stress, harcèlement, souffrance individuelle) pour arriver au collectif (organisation, régulation, charge de travail, autonomie, relations, qualité,…). Il insiste sur l’importance du « passage à l’action », notamment dans les TPE et les PME.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Boris Vieillard – Direction Générale du Travail (à droite)

Rencontres, pourquoi êtes-vous là aujourd’hui ?

 

11h00, la pause est l’occasion d’aller à la rencontre du public…

IME Le Moulin Vert, Aisne : « A l’ occasion de la refonte de notre Document Unique, nous avons mis en place des groupes de travail et étudié tous les aspects de nos métiers et particulièrement les risques psychosociaux. Nous présentons notre démarche cet après midi devant l’assemblée. Nous avons encore de nombreux projets. »
Un grand groupe de réparation rapide automobile, France : « Nous rencontrons la problématique au sein de l’entreprise, suite à quelques alertes. Nous réfléchissions au mode d’action et à bien nous faire accompagner. Associer les IRP est la première marche pour la mise en place de la démarche. »
Un représentant syndical à la Fédération agroalimentaire et forestière : « Il y a de nombreux troubles dans l’industrie, je suis venu pour en savoir plus. Il est essentiel de travailler main dans la main entre direction et IRP, mais cela n’est pas toujours possible. »
 

Des ateliers, des exemples, des réponses…

 

11h15, début d’une première série d’ateliers, puis reprise à 14h00. Au programme :

  • Repérage et évaluation des TMS
  • Mesures de prévention et plan d’actions
  • Rôle des préventeurs
  • Accompagnement des changements organisationnels
  • Les leviers d’action des CHSCT et DP
  • RPS et maintien en activité professionnelle

Les intervenants sont nombreux (Direccte, INRS, Carsat Nord-Picardie, Services de Santé au travail, Consultants, Universitaires, médecins,…) et les questions le sont tout autant. Nous mettrons à disposition les éléments des différents ateliers dès qu’ils seront disponibles.

 

Un mot pour la fin ?

 

16h00, Stéphane Vandenbussche, de l’ISTNF, animateur de cette journée d’échange profite de la clôture de cette riche rencontre pour donner le mot de la fin à quelques intervenants.

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On gardera en tête le discours de Nicolas Sandret, sur la nécessité de toujours revenir au « travail réel » par rapport au « travail prescrit », sous peine de nier la réalité du travailleur, son savoir-faire, ses attentes, ses besoins, son investissement et d’introduire les risques psychosociaux par la négation du côté humain du travail.

 

Yasmina Taieb, directrice régionale de la Dirrecte, conclut en capitalisant sur les avancées et avec la dose d’optimisme dont toute l’assemblée a besoin : « En quelques années, nous sommes passés du ‘numéro vert’ à la réflexion globale autour de l’organisation du travail, on avance… »

 

[i] Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Yasmina Taieb – Direccte Picardie